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Juin 12

Beaucoup de bruit pour rien, réformette et hystérie collective

Ca fait bien bien longtemps que je n’avais écrit ici. D’une part je croulais sous le boulot et d’autre part j’avais décidé d’être moins grossier en ligne dans la mesure du possible. Je mis donc ce blog de côté en attendant des jours meilleurs. Puis vint la réforme du collège, ses discussions ayant perdu tout sens de la mesure, les insultes fusant de toute part à coup de blocages sur les réseaux sociaux, de subtweets, de caricatures et autres manières utilisées comme toujours par les moins dotés intellectuellement. D’ailleurs je me demande fréquemment comment ça se passe pour ces gens dans la vraie vie quand ils discutent d’un sujet polémique ou d’une dispute, ils doivent se balader avec un écran mobile à placer entre eux et leurs adversaires.

Bref je décidais donc de ne pas écrire sur le sujet vu l’immensité de la connerie ambiante et je m’orientais donc vers mes autres blogs nettement plus utiles puisque pas grand monde ne s’intéresse à mon avis.

D’ailleurs mon avis il est simple comme ma pensée diront certains, Je suis POUR la réforme du collège telle qu’elle a été présentée. Attention, cela ne signifie pas que je gobe le tout comme du caviar, mais que globalement ça me va et que ce serait mieux si on changeait deux ou trois détails.

D’abord je suis pour car il ne s’agit que d’une réformette qui ne change pas grand chose. Concrètement quels sont les gros changements? les EPI, l’AP et la disparition des bilangues et en plus même pas partout.

Et là j’entends le troll qui trépigne et hurle aux EPIS. Comment? on va m’enlever une heure et comment je finis mon programme? C’est marrant ce genre de phrase.J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé une seul texte où il est dit que l’on perd une heure pour faire autre chose. par contre il est bien spécifié que l’on traite son programme d’une façon différente. je dois être trop basique puisque je l’ai pris comme cela immédiatement et que, coïncidence je ne crois pas, cela a été présenté ainsi lors de formations disciplinaires par l’inspecteur et avec des exemples tout à faits crédibles à l’appui.

Et en plus il n’est écrit nulle part que l’on prenne une heure pour cela à un enseignant puisque comme c’est interdisciplinaire, c’est pris sur plusieurs matières donc rien n’empêche à une matière de faire 1 heure par mois quand une autre ferait une demie heure par semaine et encore une autre et encore une autre jusqu’à fournir aux élèves le quota prévu. Et, Coincidence, je ne crois pas, c’est exactement comme cela que c’est prévu dans mon établissement l’année prochaine. Bref, je ne comprends pas les hurlements sur cette « perte » qui n’existe pas, surtout quand, par exemple c’est ce qui se faisait avec l’Histoire des Arts. D’ailleurs pour les plus dubitatifs, continuez l’histoire des Arts, c’est un exemple parfait d’EPI.

D’ailleurs sur ce sujet des EPI, on voit bien que pas grand monde n’a compris puisque la plupart des exemples donnés par des pro ou des opposants à la réforme, sont en fait des IDD. He ouais, pour les plus grands imaginatifs, il ne sera pas question de traiter de l’usage de la tête de veau dans une perspective de développement durable, mais bien de traiter votre programme

Et, Coincidence je ne crois pas, c’est pareil pour l’AP. Comment on m’enlève une heure pour faire de l’aide aux devoirs? Ben non justement mais là c’est aussi un mauvais choix d’appellation qui est source de problème. ce n’est pas de l’aide au devoir c’est travailler différemment sur des points méthodologiques, son propre programme. D’ailleurs, parmi ceux qui ont bien compris l’AP, il y a les chefs d’établissement qui massivement ont placé une grosse partie des moyens de marge pour dédoubler de l’AP. C’est dingue, disposer de groupes au lieu d’une classe entière pour faire ce que l’on fait en classe, de la méthodologie. Bref une fois de plus je ne comprends pas bien les hurlements.

Vient enfin l’histoire des bilangues qui d’ailleurs sont maintenus dans quelques établissements. Elles sont supprimées pour mettre la deuxième langue dès la cinquième. Comment, on remplace un dispositif qui permet aux familles (et aux établissements) de créer des classes de niveaux par un enseignement pour tous les autres? Je caricature.  Pas évident. Si ce n’est pas un dispositif permettant un tri social comme j’ai pu le lire, c’est bien un dispositif qui permet un tri culturel au moins (social souvent pour certains établissements). Je n’avais jamais réfléchi à ces classes auparavant, d’ailleurs je n’en ai jamais eu. C’est bien avant la réforme qu’en discutant avec une collègue je compris le soucis. cette collègue lors d’une discussion sur une classe, me confia qu’elle n’avait qu’une hâte c’est que les bilangues disparaissent (c’était bien avant la réforme). Devant mon interrogation elle me mit devant les yeux tout simplement le nombre d’élèves en difficulté dans les autres classes, non bilangues et leur absence dans les bilangues. Simple voir simpliste. D’ailleurs ça m’a fait penser au temps ou moi même étant collégien les bonnes classes avaient allemand LV1 et pas les autres (d’ailleurs ces classes provenaient toutes du même quartier). Bref si vraiment ce n’est pas un dispositif de contournement pour les familles comme beaucoup le disent, tous ces élèves qui prenaient bilangues, prendront l’Allemand en cinquième non? Je ferai la même observation pour le latin bien que sa situation soit plus confuse et d’ailleurs sur ce point je n’ai pas tout compris. la seule chose qui me dérange est la forte différence entre les académies sur le maintien de certaines classes bilangues.

Bref une réformette. D’ailleurs; c’est étrange, les groupes tels qu’ils étaient conçus en sciences, en langue ne changent pas, le découpage entre matières ne changent pas, l’organisation annuelle ne change pas. bref, il n’y a pas grand chose qui change.

Une chose a changé toutefois, beaucoup ont mis au jour le fond véritable de leur pensée. Dans la lutte sur la réforme, il y avait deux grandes oppositions, des opposants sincères et des pro réformes sincères et plein de gens à la marge qui prenaient un peu des deux. D’ailleurs en établissement c’est toujours comme cela et globalement on discute toujours. Alors comment c’est parti en vrille? Allez savoir.

Allez savoir, il y a toujours des opposants sincères qui argumentent sur les horaires disciplinaires, les salaires, les conditions de travail. des opposants qui voient difficilement comment mettre en oeuvre concrètement tout cela, déjà tout simplement au niveau des emplois du temps. Certains posent encore les effectifs par classe qui chez nous sont bien supérieurs à ce qui se fait à l’étranger. Des arguments sur la place du numérique. Bref des arguments qui se tiennent largement et que je ne discute même pas. D’ailleurs ces opposants sont le plus souvent dans le dialogue et la discussion y compris en établissement où ils participent bon gré malgré à la mise en place.

Pareil du côté des pro réformes. des arguments pédagogiques, numériques parfois dans l’enthousiasme le plus grand et peu réfléchi parfois dans une réflexion fine.

Les débats sont parfois houleux mais cela reste des débats avec quelques vannes bien ou moins bien senties mais avec une certaine réflexion, un respect parfois caché mais au fond un respect quand même. Personne ne jugeant d’ailleurs les pratiques des autres.

Puis sont arrivés les autres. on ne sait pas trop comment ils sont entrés dans le débat. Enfin pour certains si. Le premier gros débarquement a eu lieu avec la rédaction du projet de programmes d’histoire. D’ailleurs c’est assez marrant comme tout le monde se fout de la géo. Ils étaient plutôt bien ces projets. Et là le déferlement des haineux est arrivé. Toute la fachosphère est entrée dans la discussion souhaitant tantôt rétablir le roman national, tantôt supprimer les références aux cultures étrangères. Et pour finir, ces projets furent modifiés rendant les programmes toujours aussi lourds, limitant la liberté des enseignants, mais qui se soucie du sens qu’en retireront les élèves? personne.

Pour le reste, cela a à mon sens libérer la parole d’autres opposants à la réforme qui ont révélé leur vrai visage. Après tout, la parole s’étant largement décomplexée, pourquoi ne pas continuer. Et pour ces nouveaux opposants, il n’y a pas de limite; utiliser les propos de l’extrême droite, de la manif pour tous, discuter avec eux sans y voir le moindre problème. C’est parfois discret, un petit retweet par là, une petite citation copiée, ça l’est parfois beaucoup moins avec des propos ouvertement racistes, sexistes, des menaces de mort, du harcèlement de pro ou anti réforme. Et « collabo » qui revient à la mode, comme si les mots n’avaient plus de sens. D’ailleurs où est le sens quand des enseignants, censés éduquer à l’esprit critique, en sont venus à voir dans la réforme une vaste théorie du complot. He oui, la loi travail, c’est un complot pour qu’on ne parle pas de collège 2016, d’ailleurs les inondations aussi. Trait d’humour, non cela a été dit par plusieurs.

Bref, toutes les limites sont dépassées. Et cela pour une réformette qui ne change pas grand chose, qui n’impose pas grand chose. D’ailleurs le système actuel est totalement en échec et beaucoup souhaiteraient le conserver tel quel. Bref, je ne comprends pas.

C’était pas drôle, je complèterais peut être sur un autre billet plus dans mon style avec des zombies dedans.