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Oct 26

Les 10 choses qu’il ne faut pas dire sur le numérique à l’école sous peine de ….

L’éducation nationale est une magnifique machine, bien huilée depuis des lustres avec les mêmes rouages. Tellement bien huilée d’ailleurs que ça déraille souvent et que quelque soit l’accident, la machine repart toujours en effaçant la catastrophe. Et oui et pour effacer, rien de mieux que de faire disparaître les éléments gênants. Pour maintenir ce fonctionnement, les moyens sont simples, il y a des choses qu’il faut absolument dire et il y a des choses qu’il ne faut absolument pas dire sous peine de…. En même temps je m’en fous, je suis déjà blacklisté.

Non bien sûr que non, ça c’est la pensée. La réalité c’est un mail invitant à discuter, ou le plus souvent un coup de fil parce que cela ne laisse pas de trace ou une entrevue directe qui en laisse encore moins. Dans l’éducation nationale, on ne dit pas les choses comme cela, on dit, je vous invite à reconsidérer ce propos (si possible publiquement), c’est un manque de loyauté envers l’institution (en particulier lorsque vous refusez un travail), ou encore, pensez à la pérennité de ce poste (en particulier si vous avez un poste qui n’est pas devant élève comme si la menace était de retourner devant les élèves). Mais qu’est-ce qui peut bien conduire à ce genre de menaces ou de censure? Et bien des petites phrases, car si l’institution  mesure ses propos, elle a l’habitude de décrypter les vôtres. On ne prendra que l’exemple du numérique hein parce que ce principe s’applique à toute discussion sur l’institution.

Donc voici les 12 CHOSES A NE PAS DIRE SUR LE NUMERIQUE:

1-Les décideurs sont des ignorants:

Alors ça surtout pas, car, à tous les niveaux les décideurs vous sont bien supérieurs. Soit ils paient, soit, ils ont le concours qui fait d’eux des gens bien plus compétents que vous quelque soit le domaine. Et oui sachez que quelque soit la question évoquée, votre IPR ou IEN par exemple est, de par la loi, plus compétent que vous. D’ailleurs comment pourraient ils être des ignorants puisque pour le numérique un formidable comité national a été mis en place, faisant la part belle aux entreprises du numérique. Donc preuve que c’est vous qui vous plantez. Cela est encore plus vrai lorsque les décideurs concernés ont été nommés. ils vous en voudront deux fois plus car leur destin est exceptionnel, ils ont atteint leur poste sans mêmes les prérequis habituels, ce qui en fait des sortes de demi-dieux

2-Ca ne tient pas la route matériellement:

Ne jamais critiquer la mise en place matérielle du numérique à l’école. Les collectivités dépensent beaucoup d’argent et ont des personnels très compétents pour vous dire comment l’utiliser (sans avoir jamais vu une classe). Ainsi, on se retrouve avec des machines obsolètes dès leur achat car, allez savoir pourquoi, l’appel d’offre retenu correspond à une demande vieille en fait de 5 ans. Mais parfois, le matériel est à la pointe mais pour des raisons de sécurité, leur utilisation est quasi impossible. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, la machine marche bien. On se retrouve avec des départements qui équipent tous leurs collégiens de ipad, qui n’ont même pas accès aux espaces de stockage académique pour des raisons de sécurité, qui ne peuvent accéder à aucun site sécurisé (et oui la connexion https sert aussi pour facebook donc on  bloque toutes les connexions https pour que facebook ne soit plus utilisable).

3-Cet ENT est inutilisable

Pour en avoir connu un dans le genre, ce ne sont pas des choses à dire. Le sujet est sensible, ce sont des millions en jeux et de la grosse comm institutionnelle en perspective. Si l’ENT est inutilisable c’est que vous êtes un gros tocard. La collectivité vous objectera qu’à ce prix, c’est forcément bien et sera appuyée par l’institution qui vous objectera qu’il serait temps de repenser vos usages, qu’il faut envisager les choses autrement. Aucun de vos argument ne passera. Y compris lorsque votre ENT sera inaccessible, ce sera pour le bien de tous, pour une amélioration sans précédent qui vous permettra enfin de changer la couleur des textes dans le cahier de texte. On vous fera même des démos de séquences « pédagogiques » du bousin, qui n’auront aucun intérêt puisque faites pour la démo et pas pour des élèves.

4-Il y a de biens meilleurs outils que l’on utilise déjà

Je vous renvoie à la sentence précédente. Il faut changer et utiliser le moins bon. Si vous êtes parmi les gens un peu reconnus dans les usages, on vous arguera que vous faites un petit sacrifice pour le bien de tous car il vaut mieux que tout le monde n’utilise que simplement quelques geeks (prononcer jik par les quelques autorités hiérarchiques qui l’utilisent). Et puis bon, hein, vos outils c’est un peu se vendre à google et autre géant du web alors que ce bon vieux logiciel qui vous empêche tout vrai travail collaboratif, tout échange et pas user friendly lui c’est du 100% sûr. Et puis bon un, c’est la pédagogie qui prime pas l’outil (une vaste phrase inventée en réalité pour faire des plans informatiques pourris).

5-On n’est pas assez formés pour ça:

Bon là je vais être d’accord avec l’institution pour une fois. Faut des fois un peu se sortir les doigts quand ils sont bloqués quelque part. Côté institution il faudra penser à des formations réalistes et concrètes.

6- Ces projets sont à la botte des éditeurs:

A ne surtout pas dire. Parce que d’une part l’éducation nationale est-elle même éditrice par le biais du CNED et du réseau CANOPE, deux  éléments critiqués par la cour des comptes notamment pour leur inefficacité et leur coût, mais aussi parce que tout bêtement, c’est vrai. Les arguments ici seront de tout poil. Au plus haut niveau, on ira jusqu’à vous dire que l’on défend l’emploi dans l’édition, sans vérifier d’ailleurs l’évolution de cet emploi (qui a fortement baissé). L’institution vous aide à  disposer de quantités de ressources numériques de qualité plus que variables, souvent inutiles en classe d’ailleurs, donc ne vous plaignez pas.

7-Il faudrait valoriser les productions numériques des enseignants:

OUh là, vous allez bien loin et là c’est au bas mot le pilori qui vous attend. Donc vous souhaitez que l’on diffuse des ressources faites par des enseignants, genre pas signées et validées par un IPR, pas sous la coupe d’un éditeur, pas RIP ?. Et oui parce que, alors que vous travaillez depuis des années, en utilisant  des ressources variées que parfois vous fabriquez, il faut attendre l’avis d’une sombre commission peuplée d’inconnus pour vous dire que vos ressources ont un réel intérêt. RIP, l’acronyme a de quoi faire rire d’ailleurs.

8-Il vaudrait mieux…..

T’as pas compris, on ne t’a pas demandé ton avis. Il y a des gens payés pour dire ce qu’il vaudrait mieux.

9-Qui va gérer tout ça?

Alors là, cette question  ne vaut même pas la peine d’être émise. Entendu d’un haut responsable académique, « les enseignants savent très bien gérer leur matériel et se passeront d’un accompagnement technique ». OUI d’ailleurs tous les enseignants maîtrisent les adhésions de postes à un serveur linux, le paramétrage de bornes wifi, l’installation de logiciels……. D’ailleurs il faut y voir ici un autre soutien à l’emploi des boites de réparation informatique. Ce non accompagnement technique génère des millions pour les petits artisans informatiques qui passent leur temps à nettoyer les adware porno des enseignants ou les reliquats de jeux webs. Si vous avez de la chance, votre collectivité aura embauché à la hâte 4 ou 5 personnes pour gérer un département.

10-Je vais faire à ma sauce

T’es mort. Et oui, toi qui utilises des services web, parfois ta propre borne wifi. Tu mets en péril l’Education nationale. Tu enfreins des règles de sécurité majeures, tu livres des données à des services tiers. Tu exposes tes élèves au grand Satan du web. Si encore l’académie avait payé pour ce service. D’ailleurs ton blog, il est hors de questions qu’il ne soit pas sur les serveurs académiques qui ont mis à disposition un équivalent avec toutes les limites qui t’ont conduit à aller chercher ailleurs. Le serpent se mord la queue. Tu utilises des services car tu n’es pas satisfait de ceux que l’on te propose, alors on va t’en proposer d’autres qui te feront encore partir. Pourquoi, parce que celui qui décide ne sait pas ce qui se fait en classe, ne sait pas ce que tu attends, et surtout, il couvre ses arrières.

Vous pouvez prendre tous ses éléments et en faire un bingo du numérique à l’école. Vous remarquerez qu’aucune des vraies questions n’est posée. Où sont les élèves, où sont les profs? Tout part d’en haut pour s’écraser.  Ce qu’il en reste, des débris.  Donc sur le web, vous pouvez insulter qui vous voulez, méprisez vos élèves, vos collègues, votre hiérarchie, vous pouvez même dans la vraie vie refuser d’appliquer le programme et finir hors classe mais jamais non jamais, vous ne pouvez dire que le numérique à l’école c’est une foire.

Et à qui cela profite? Et bien dites vous juste que tous ces arguments seront repris indifféremment par  les opposants au numérique et ceux qui disposent d’une conscience numérique. Les réacs du numérique, d’ailleurs en général réacs de la pédagogie, ont là de quoi mettre en exergue l’échec du numérique. Les autres, et bien  ils continuent à bidouiller, se mettre en danger et à subir l’ineptie d’une comm sans réflexion.

Petit hommage aux blacklistés, menacés, sanctionnés, mis au placard pour avoir émis des hypothèses, discuté de faits, réclamé un dû, osé donner un conseil…

 

(21 commentaires)

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  1. Batier

    100% d’accord le rajouterai en 13 en guise de conclusion
    le mais on aurait pu faire mieux pour moins cher

    1. ticeman

      C’est est un de plus. J’en avais encore en réserve, mais il fallait bien faire des choix

    2. Lionel

      Cela me rappelle un Conseil d’administration dans mon collège l’an dernier, quand le principal et le conseiller général voulaient que nous entrions dans la première vague du lancement de notre ENT régional. Ma question était : pourquoi payer cher un instrument qui coûte cher et ne fonctionne pas, alors que nous avons un outil gratuit qui fonctionne ? Et là une discussion houleuse a suivi, où on a retrouvé les différents arguments cités plus haut.
      Du coup, nous avons un ENT à disposition, mais personne ne s’en sert. Le chargé de projet ENT du CG est venu nous voir et il est probablement le seul à être persuadé que cet ENT est formidable. (nous lui avons dit !)

  2. MsieurLeProf

    Les 10 raisons pour lesquelles l’appellation « L’école du numérique » me fait rire (très jaune)

    Ce bilan est édifiant, pour ma part, je continue de bidouiller de mon côté et remercie mon smartphone, sans qui je n’aurais pas eu accès à un véritable accès internet dans mes salles depuis 4 ans.

  3. Guillome

    J’adhère complètement à ce que tu expliques fort bien en montrant comment de la souplesse de l’outil numérique on aboutit à un gros machin qui fait une fois de plus du sur place, voire de la marche arrière.
    cela me conforte dans l’idée que dès que « l’institution » s’empare d’un projet, d’une pédagogie c’est totalement dénaturé pour finir dans le mur….

  4. Profreyser

    Je partage le même constat que toi en étant peut être un peu moins sévère. Plus que de l’autoritarisme, j’ai surtout l’impression que c’est soit le trop grand nombre de pilotes dans l’avion, soit l’absence totale de pilotes qui parfois amène à la catastrophe. J’ajoute que les jours où je ne suis pas de trop mauvaise humeur, il y a de quoi bien rire.

  5. Profdezik

    +1

    Quiconque a essayé d’introduire des outils en ligne dans sa pratique, de varier les situations d’apprentissage en plaçant l’élève dans l’action, sur le VPI ou sur une tablette ou encore en salle pupitre, a forcément du prononcer ces mots ! Certaines valeurs mises en avant par le numérique paraissent sonner comme des insultes pour l’éducation nationale : « collaboratif » AHHHHH !!!! ou bien « évolutif » OUHHHHH !!! Attendez j’ai mieux : « ressources en ligne » !!!!!
    Et quand on pense que mon navigateur internet refuse d’accéder à la page de mon cahier de texte en ligne… pourtant créé par l’éducation nationale… vous connaissez SCONET ?!? La bonne blague…

  6. Buster Keaton

    Entièrement d’accord avec cette analyse, je rajouterai, que le plus énervant (euphémisme) réside dans le silence des alcôves des rectorats…Je m’explique :
    Les DAN, les IPR and co (à leur niveau d’autorité/statut au sein de la pyramide) peuvent parfois penser la même chose…Sous couvert d’anonymat.
    Et cela est vrai à l’échelle de l’académie comme du ministère.
    En fait, nombreux sont les acteurs du numérique au sein de l’éducation nationale, à considérer leur rôle comme capital dans la bonne marche de la machine…en disant :  » oui, c’est long, mais on progresse, par étapes, c’est difficile, on travaille beaucoup, etc. »
    Le pire ?
    C’est que c’est vrai.
    Le point de friction, tension et d’incompréhension se situe en partie dans le télescopage entre l’accès instantané ou presque au numérique (des solutions dans les usages dans/ hors la classe avec les élèves du numérique) et les inerties dans la reconnaissance de leurs pertinences au sein de l’appareil administratif.
    Parce que le numérique fait sortir l’école de son bâtiment, ses agents doivent d’abord signer une autorisation de sortie du territoire…Qui leurs est le plus souvent refuser.
    Une des conséquences, l’auto-censure des agents…
    Tiens ? J’ai pris un surnom… Comme tous ceux qui laissent des commentaires.
    Merci pour ton billet !

  7. Denis

    Les difficultés que vous mentionnez me paraissent essentielles.

    Mais il y a un point sur lequel je suis en profond désaccord, c’est le point 4. On peut placer en tête de toutes ses priorités le fait d’avoir un outil fonctionnel ou qui correspond à des pratiques quotidiennes et IRL des élèves ou de leurs familles. Et je conçois bien que google, facebook, twitter et compagnie offrent des outils dont la qualité peut faire pâlir d’envie la plupart de nos éditeurs d’ENT ou de ressources en lignes, labellisés RIP.

    Néanmoins, tout cela est-il réellement offert? N’y a-t-il pas là quelque chose à rapprocher de votre point 6? L’école n’a-t-elle pas aussi (j’allais dire surtout!) dans ses missions de former, d’informer, d’habituer les élèves à adopter les outils numériques avec un regard critique sur ce qu’ils induisent en terme de vie privée, en terme de maîtrise de son image et tout un tas de problématiques dont je n’ai pas la prétention de faire une liste exhaustive ?

    En d’autres termes, la performance de l’outil ne me semble pas devoir être un critère survalorisé au moment où l’on va choisir lequel utiliser. Son coût non plus. Cela n’exonère bien entendu pas les « décideurs » (appellation bien pratique tout de même) de la généralisation d’outils inutilisables …

    Qu’en pensez-vous? Aurais-je mal compris le sens de vos propos?

    1. ticeman

      Bonsoir,
      Mon propos ,n’a pas de rapport avec la gratuité des services tiers. Je suis tout à fait conscient que la gratuité est un leurre. Je pense plutôt à l’utilisation faite par des milliers d’enseignants de services tiers, ou de logiciels variés même parfois assez mauvais d’ailleurs, qui sont totalement ignorés par l’institution.
      A l’heure des services web, il n’y a aucun ENT, je dis bien aucun, qui utilise des API de seervice tiers. Cela permettrait tout bêtement à un enseignant de livrer du contenu par dropbox par exemple sur son ENT. techniquement ce n’est pas grand choses mais pour beaucoup ce serait énorme de s’épargner des manipulations et de devoir se limiter à un espace de stockage risible.(512 mega sur mon ENT par exemple) soit une clef USB d’il y a presque dix ans.

  8. Ploukistanais

    On pourrait ajouter :

    . Pourquoi ne pas utiliser des logiciels « libres »? (Linux comme la Gendarmerie!)

    . Combien gagne Microsoft grâce à l’EN ? (pour du XP filtré qui plante toutes les dix minutes !!!)

  9. Curieux

    Les réacs, le plus souvent, ce sont simplement des enseignants innovants qui ont suivi le même chemin que vous.

    1. ticeman

      Je ne suis pas convaincu par cette affirmation, peut être est§ce vrai par lassitude pour certains. Le tout est de ne jamais se lasser

  10. patator

    Excellent !

    Le point n°9 est crucial (qui va gérer tout ça ?) mais l’EN, le département ou la région n’en prennent jamais la mesure. Il faut une expertise et une disponibilité qui doit être payée à son juste prix. Je peux donner l’exemple d’un collège où deux professeurs compétents et formés refusent de faire ce job sous-payé.
    Alors un CUI a été proposé à Paul emploi dans l’urgence. Il n’y avait pas foule au portillon et le premier individu qui s’est présenté a été immédiatement reconnu compétent ! Tu parles ! 800 euros par mois pour 24 heures de travail et interdiction de faire des heures supplémentaires. Quel niveau de compétence a-t-on à 800€/mois ? Qui peut vivre avec ça ? Le type en question est resté 1 an et en partant il a laissé le réseau dans l’état lamentable où il se trouve aujourd’hui. Alors se lancer dans le numérique…. je me gausse ! Il faut déjà pouvoir assurer le quotidien !

    1. Franckdu51

      Que ce soit dans les écoles, les collèges ou les lycées, la maintenance ne suit pas -> votre point 9. D’où l’idée qui germe dans l’esprit des décideurs des inspections académiques : « les salles informatiques sont dépassées : vive les tablettes ». De mon point de vue, pour pallier au manque d’entretien et de maintenance, on fout à la poubelle un outil et on en prend un autre, plus à la mode « chez ces gens là ». Cela ne fait pas disparaître le problème, cela en crée d’autres. Pour les fanas, on a appris à gérer des postes sur notre temps libre. Et maintenant qu’on peut donner un coup de main aux enseignants en activité, on change tout… Qui repartirait dans cette nouvelle galère ?
      C’est peut être cela qui rend frileux…

  11. Cyril

    Salut Stéphane, bel article. Je pense que ce qu’il faut insister sur le fait que le numérique à l’école est pris en tension entre trois catégories d’enjeux dont on peut avoir une approche systémique :
    -enjeux politiques : les élus des collectivités locales, quelques fois très honnêtement (quelques fois par angoisse électoraliste il faut bien l’avouer), investissent beaucoup dans des équipements numériques à destination de l’école. Ils s’attendent assez logiquement à ce que les enseignants utilisent ces outils Or ils ne posent pas toujours (par faute de moyens financiers et/ou humains, et parce que ce n’est pas de leur responsabilité) les dispositifs adéquats de formation des enseignants.
    -enjeux économiques : le numérique est souvent vu comme un levier pour soutenir les entreprises françaises du secteur (c’était le cas jadis avec Thomson, c’est encore le cas aujourd’hui). Mais ce levier est aussi utilisé soutenir plus largement l’emploi. Les collectivités locales ont embauché pour l’entretien du matériel (certes insuffisamment quelques fois vis-à-vis des besoins). L’Etat lui-même a beaucoup investi pour fourni aux enseignants des contenus clefs en main.
    -enjeux pédagogiques : beaucoup trop d’enseignants attendent du numérique « the magic » solution à leurs difficultés dans et hors la classe (en même temps voilà 40 ans qu’on le leur vend ainsi). Les formations proposées (faute de temps et de moyens) permettent une découverte des outils. Mais bien souvent ils ne prennent pas le temps (ils ne l’ont pas non-plus) de compléter ce qu’ils ont découvert par de l’autoformation (tu sais comme moi à quel point se mettre aux outils numériques est chronophage aux débuts).

    Au centre de tout ça il y a nous les e-profs, les profs-geeks, etc… Ceux qui s’y connaissent. Les plus humbles bidouillent dans leur coin et sont présents sur les réseaux sociaux pour aider leurs collègues du mieux qu’ils peuvent. Les plus « médiatiques » se retrouvent souvent auprès des décideurs et des entreprises… et quelques fois confrontés à des conflits d’intérêt… On pourra au passage regretter que leur médiatisation les amène trop souvent à présenter leurs pratiques comme des « solutions magiques » alimentant ainsi les fantasmes des uns et des autres.

    Malgré tout, je voudrais souligner qu’il ne faut pas totalement désespérer : depuis plus de 15 ans dans l’EN et 10 ans en classes. Je trouve que les pratiques du numérique en classe ont beaucoup progressé. On rencontre de moins en moins cette peur/opposition viscérale de l’ordinateur dont souffraient certains enseignants. Le revers de la médaille c’est que le numérique apparaît de moins en moins comme un outil de motivation pour les élèves. Ce qui amène (enfin !!!) à s’interroger sur la pertinence de ces usages pour les enseignants, pour les élèves, pour l’institution… Je pense que le numérique à l’école vit actuellement une crise de maturité ; une crise dont nous ne sortirons qu’en interrogeant la recherche en pédagogies numériques… ce que nous n’avons pas suffisamment le réflexe de faire…

    1. ticeman

      Merci Cyril, je le prend comme un compliment.
      Globalement d’accord avec toi sur une évolution générale des pratiques. Aujourd’hui tout le monde s’est emparé (il y aura toujours des réfractaires à tout tout de même) du minimum vital. mais est§ce bien de la pratique numérique (c’est toutefois une utilisation). Je ne suis pas d’accord sur le fait que ce soit moins un facteur de motivation pour les élèves car je constate encore une accroche très forte quand il ne s’agit pas juste d’aller faire une recherche sur internet. La magic solution est « le » grand problème: effectivement beaucoup d’enseignants en attendent trop du numérique et le fait de ne pas pleinement maîtriser ne fait qu’aggraver leur cas, et effectivement beaucoup présentent leur solution comme « the » magic solution. il n’y a qu’à voir comment on voudrait faire de la classe inversée une solution imparable. Et bien non je ne crois pas que ce soit la solution car elle impose une autonomie et une volonté de boulot personnel que même un adulte ne s’impose pas.

      1. Cyril

        Sur la classe inversée je ne pourrais qu’abonder dans sens… mes doutes m’ont valu suffisamment d’inimitiés sur les réseaux.

  12. HORVÁTH-MILITICSI Attila

    Bonjour,
    On veut toujours faire la file devant les poubelles de Microsoft et délaisser ce que donne LINUX, en beaucoup mieux. Étant informaticien professionnel je connais que trop bien ce que peut endurer une comission d’administration de lycée pour faire son choix « définitif » de logiciels éducatifs. De plus je fus adjoint-directeur en 2007 de mon lycée alors il est temps d’accepter que nous sommes au XXI. siecle et non pas dans l’ancien Sumérie d’il y a 6000-7000 ans oú tout se faisait sur des tablettes d’argile… Chose fort pesante n’étaient-ils pas ces tablettes ?
    Bonne journée á tous

  13. ChrisRV

    ça bien du bien, je me sans moins seule….

  14. monique desfour

    et le pire c’est d’être consolée de se dire avec vous depuis 15 ans ça déconne… et de ne plus être la seule… !!! Des métiers qu’on a pas voulu reconnaître ni développer… alors qu’on nous a demandé de les penser… et de voir nos petits génies informatiques partir à l’étranger et y rester… et si la vrai réforme elle était là, des enseignants qui parlent ingénierie informatique et des ingénieurs qui soient d’abord des pédagogues… mais depuis longtemps on ne communique plus… on aligne des constats… c’est la machine qui gère l’ordre de dépannage… par l’antériorité… pas par la priorité pédagogique… c’est sûr qu’une seule personne pour plus de 1500 ordis et plusieurs serveurs… quand l’utilisateur ne sait même pas repérer un câble débranché… avant de crier au feu !!! Bon je me calme… je suis à la retraite… mais j’ai perdu une partie de mes compétences dans cette maison… alors je vais me rattraper en formation pour retraités !!! Bougez-vous…

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