Juin 08

les enseignants innovants, c’est rien que des branleurs (ou comment révéler les arguments cachés)

Tout comme les chats d’ailleurs mais ça c’est pas moi qui l’ait dit.


Ben oui quand même, il serait temps de mettre  en avant une vérité. Tous les ans une bande de pédagogos se réunissent comme une secte pour présenter des trucs innovants qui portent en leur sein la destruction de l’école publique et de ses valeurs. Cette secte est constituée de gens extrêmement dangereux, qui innovent avec des outils techniques dangereux qui volent des emplois parce que c’est bien connu qu’un ordinateur peut remplacer un prof, ou même pire qui innove sans trucs techniques. Ces derniers sont les plus pervers de la secte car ils incorporent des concepts dangereux tels que le respect, la justice, le socle, la progression des élèves et sans machines c’est pas peu dire.

Alors révoltons nous contre certains de ces projets innovants qui vont détruire notre école à petit feu, qui risquent de créer de l’attrait pour les élèves, de faire écrire ceux qui ne le faisaient jamais ou pire,  qui nous empêcheraient d’être injustes en sanctionnant par des notes la pénibilité des élèves. On va les prendre dans l’ordre tous ces projets et on va leur mettre leur race.

On va commencer d’abord par les Minipouss. Les Minipouss vous savez ces êtres raccourcis du vieux dessin animé. Les minipouss sévissent aussi dans l’éducation nationale par le biais de Twitter. J’ai pas trouvé mieux, on va les appeler comme ça parce qu’ils obligent à raccourcir le texte. Eux, ils sont extrêmement dangereux parce qu’ils voudraient que les élèves n’écrivent qu’en 140 caractères. Imaginez un peu ce que deviendrait l’école s’ils continuaient à sévir, tous ces élèves qui parviendraient à écrire en ne faisant pas de fautes parce qu’ils pourraient être lus. Voilà, le scandale vous l’avez devant les yeux. Comment pourrions nous, pauvres enseignants, continuer à nous prendre pour des intellectuels si tous les Kevin (j’emprunte à @milasaintanne par flemme) parvenaient à écrire des vraies phrases? Comment nous sentir encore supérieurs? Hein, comment? Non, il faut mettre un terme à cela. Laissez nous continuer à forcer les élèves à écrire des phrases à rallonge et à les blâmer parce qu’ils ne seront jamais Proust. Et si tous les élèves se mettent à aimer écrire et lire, comment on va faire en conseil de classe pour rigoler de Sandy? Et pire que les 140 signes, les minipouss voudraient que ça serve aussi à acquérir un esprit de synthèse. Mais pour quoi faire? Pour qu’ils réfléchissent? Et après, quoi encore, on ne pourra plus écrire paraphrase dans la marge parce que les élèves auront écrit un truc censé issu de leur cerveau. Jamais on ne nous enlèvera « paraphrase », JAMAIS. On sera obligé d’expliquer plein de trucs dans la marge avec ces conneries. MEME en Maths maintenant? L’autre allumé qui tweete des maths. Mais comment on va pouvoir se débarrasser de Charles Edouard s’il a même plus le loisir de planter Sandy avec son compas? Ces conneries, c’est la mort du conseil de discipline. Et la grande prêtresse du twitter à l’école, elle le fait en Lycée pro! EN LYCEE PRO! Mais de qui on va se moquer si même en lycée pro ils maîtrisent l’écrit? Comment pourra-t-on faire si des PLP font la même chose que des certifiés Bordel! Laissez nous croire en notre hiérarchie. Déjà qu’on supprime les salles des profs réservées aux agrégés.

Y’a aussi plein de techos dans les trucs d’enseignants innovants. Euh ils sont dangereux parce qu’il font des trucs qu’on peut pas prouver que c’est mieux mais qu’on peut pas prouver que c’est pas mieux non plus. Bref, ils font des trucs qu’on pourrait faire si on n’avait pas la flemme. Et danger suprême, ils font des trucs qui intéressent les élèves. Pour être concret, on va prendre un exemple du dernier forum des enseignants innovants. Deux documentalistes font un projet avec des tablettes tactiles et Twitter pour participer à un truc de journalisme. Alors d’une ils apprennent à utiliser un réseau social et ça c’est insupportable. Parce que si on se met à apprendre à tout le monde à utiliser un réseau social comment on va faire pour trouver des vidéos où le gars  a oublié d’éteindre sa webcam, comment les patrons vont pouvoir abusivement virer leurs employés qui se sont lâchés sur Facebook? En plus dans ce projet, ils apprennent des règles du journalisme. Mais où va-t-on? Parce que si tous les merdeux de la terre commencent à apprendre à vérifier l’information, ben ils vont commencer par vérifier ce qu’on dit et ça c’est la destruction de l’école. Imaginez un peu un monde où un élève dirait à un prof qu’il se trompe. Mais c’est le monde à l’envers là. Heureusement, faut dire que ce projet s’enterre tout seul car il a été fait par deux bibliothécaires (enfin on dit professeur documentaliste maintenant). Heureusement qu’il n’a pas été fait par des vraies profs parce que certains auraient pu tomber dans le panneau. Et des tablettes, non mais vous imaginez? des TABLETTES! Ca fait 30 ans qu’il y a des télés à l’école et elles se croient innovantes en filant des télés portatives aux gamins. Maintenant qu’il y a des machines pour couvrir les livres, elles cherchent à se recycler?

La preuve pour celles qui doutent encore!

Faudrait arrêter toutes ces conneries quand même parce que l’impact sur le métier va s’en ressentir.

Et l’autre là, l’instit qui fait faire de la philo à des primaires. Faudra lui dire que dans les montagnes, l’enseignement c’est « être et avoir ». Si elle n’a pas pu vu le film, passez lui une tablette, au moins là elles seront utiles. De la philo pour les gnomes, non mais on croit rêver. Et pourquoi pas de la géopolitique ou encore de la physique quantique? Imaginez les arrivés au collège ou encore pire au lycée. Ils risquent d’avoir des idées. Pire ils risquent de remettre en cause nos idées. Non parce que quand même, si je dis à mes élèves que l’albatros est une interprétation comme ci comme ça de la vie de Baudelaire, c’est que c’est comme ci comme ça. Imaginez un peu que les élèves interprètent eux mêmes. Mais où va-t-on? C’est pas demain qu’un élève me dira ce que sous entend tel poème. La vérité c’est moi qui la dit parce que la vérité je l’ai apprise à la fac bordel. Et à la fac, on sait que c’est vrai parce qu’on l’a lu dans des livres. Et je vois pas pourquoi on aurait changé d’interprétation 25 ans après mes études. Elle c’est la vraie dangereuse des enseignants innovants. Pas de Tablette, pas de PC, pas de TBI, on peut même plus argumenter normalement avec des gens comme ça. Elle c’est , « moi je fais, ça personne le fait, tout le monde pourrait le faire, ça a l’air vachement sympa ». Ne vous laissez pas avoir! L’innovation sans les TICE c’est la pire des choses. Elle s’insinue dans le système sans même qu’on puisse la détecter. On peut même pas gueuler sur la personne ressource. Et on se retrouve 10 ans plus tard avec des ados qui posent des questions qui remettent en question l’organisation de vos cours (parce qu’il faudra bien y répondre si on veut pas passer pour des cons). Avec ce genre de projet, c’est sûr elle doit avoir une touffe à la Woodstock sur la tête et porter des fringues bariolées.

Vous en voulez encore, ils étaient une centaine, tous aussi dangereux les uns que les autres. Et parmi ceux là, comme les chats, il y a ceux qui fument. Mais pas des pétards, non, les vrais dangereux, ils fument le SOCLE. Vous savez le socle, ce truc qui a été inventé pour remettre en place les  Livrets ouvriers. Ce truc qui élimine toute connaissance au profit de seules compétences, ce truc qui fera de bons employés, cette commande du MEDEF. Et ben dans les enseignants innovants, y’en a, ils mangent du socle à tous les repas. Pire, ils soclent et ils tweetent sur une tablette. Ils détruisent la vraie connaissance, celle qu’on apprend dans les livres. Déjà que l’on enseigne plus les codes postaux, que va-t-il nous rester à nous. Non parce qu’on sait jamais, tout le monde peut être amené à passer le concours de la poste et c’est criminel d’avoir supprimé cette connaissance. Comme il est criminel d’amener les élèves à réfléchir pour nous bousiller nos cours qu’on fait depuis 20 ans.

Et en plus tous ces gens, ils font ça sur leur temps libre. Ils le font pour vous faire culpabiliser, ils le font parce qu’ils veulent détruire notre statut.

Unissez vous contre ces fossoyeurs d’innovants. Défendez l’école pour laquelle vous avez passé le concours. La vraie école, celle de l’inégalité sociale, l’école où les enfants d’ouvriers seront chômeurs, l’école où les pauvres sont regroupés dans des ghettos scolaires, l’école où le savoir académique comme seule valeur fabrique des illettrés. Empêchons ces gens de faire réussir des élèves, empêchons-les d’innover et surtout empêchons-les de servir de modèles au cas où ils auraient de bonnes idées. Parce que c’est bien connu, tous ces innovants sont à la botte du système, la preuve leur forum est soutenu par le ministère.

Non à l’innovation et OUI à l’échec scolaire. Notre système marche si bien, pourquoi le changer? Ah ben oui, ça obligerait à bosser. Si vous aussi, après le concours, votre seul objectif est la retraite, alors dites NON aux enseignants innovants mais

 

ARRETEZ D’EMMERDER LE MONDE

« Ceux qui ont embrassé science et littérature ont récité leur fable et se sont endormis » Omar Khayyam

Mai 25

15 Façons d’utiliser un chaton mort en salle de classe (ou comment l’outil devient le centre du monde)

Bon ça fait quelques mois que j’avais pas écrit un mot. Ben ouais, j’ai plein de trucs à dire, particulièrement sur un certain programme ECLAIR et son intérêt, ses conséquences, mais bon, Devoir de réserve, loyauté, tout ça, donc j’ai fermé ma gueule et je continue en attendant désespérément les résultats des mutations pour me  casser de ce truc. Pour résumer, j’ai pas écrit, j’ai rien fait. Mais bon, quand même faut dire que ça me manquait de mettre en forme ma mauvaise humeur. Et puis ce soir, le beau temps aidant et faisant fuir les vacances de la Toussaint qui s’annonçaient au mois de Juin, pan une illumination. Le net est plein de truc anti éducation qui se vantent de défendre, même de faire croître vos possibilités éducatives. Alors, je regarde un powerpoint à deux balles sur 26 façons d’utiliser Thinglinks en salle de classe. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une appli web qui permet de rendre des images interactives que j’avais présenté dans le coutelas. C’est pas mal et ça promet plein d’utilisation. Dans le même temps, je consulte ma page facebook ou je trouve comme sur plein de pages facebook des chatons que voici

Bon, c’est la fin de semaine, la fatigue, tout ça tout ça, et hop mon cerveau ne fait qu’un tour. Après les trois apéros dont un raté avec milasaintanne mais que j’ai pris quand même, le rapprochement est facile, si quelqu’un qui se revendique du domaine éducatif peut trouver 26 façons d’utiliser un outil en salle de classe, je peux bien trouver 15 façons d’utiliser un de ses chatons. Ben oui, les chatons aussi ça meurt, même ceux que l’on n’a pas noyés à la naissance.

Faut dire, qu’à la base, il y a un truc qui me gonfle profondément. Les TICE c’est bien, les TICE ça nécessite des outils bien pensés et des gens qui  expérimentent des trucs, mais voilà, à la base, les gens ils ont une idée, et après ils trouvent un outil ou des outils qui leur facilitent la tâche. Et ben sur Internet, nombre de grands penseurs de l’éducation ont décidé de faire l’inverse. Ils vous donnent les 36000 façons d’utiliser un outil et ensuite, hop, à vous de copier. Bref, c’est pas bien pédagogique tout ça, et même si c’est très anglosaxon et ben ça tend à se retrouver partout. Alors,  si n’importe qui qui n’a pas vu un élève depuis des plombes peut imaginer les 26 façons d’utiliser un truc en classe hé bien moi je peux imaginer les 15 façons d’utiliser un chaton mort en salle de classe.

1-Un chaton ça a des poils doux. Et ben en salle des classes, ça peut très efficacement être utilisé comme effaceur de tableau. Et en prime, ça marche aussi bien sur un tableau à craie qu’un tableau blanc. Et oui, c’est le pouvoir du chat, la douceur.

2- Variante. Ah oui, j’ai oublié de préciser que dans les conseils à la con donnés pour utiliser un outil, sur 26, il y a au moins 5 variantes de la même chose. Effacer le tableau en restant la main au chaud. Et oui car si vous utilisez le chaton comme un gant, vous pourrez effacer le tableau en ayant la main bien au chaud.

3-La prise de note avec le chaton mort. Ben oui parce que si vous ne l’avez pas remarqué, dans les powerpoints sur les 36 meilleurs outils pour les profs, ou les 14 façons d’utiliser un traitement de texte, il y a toujours le truc qui est destiné au prof, pour lui montrer que même si ça n’a aucun intérêt avec les élèves ça peut toujours servir au prof tout seul. Ben oui, les TICE quoi qu’on en dise, c’est quand même bien souvent le prof tout seul qui les utilise et qui les impose aux élèves. Alors avec un chaton mort, si par exemple il a été écrasé par un temps sec et qu’il est resté un certain temps sur la route, vous pouvez prendre des notes comme sur un parchemin. Cela sera du plus bel effet auprès de vos collègues qui seront jaloux de cet effet cuir.

4-variante du 2 mais ça fait un numéro de plus quand même comme dans les présentations. le chaton mort, utilisé comme dans le 2; peut aussi servir de marionnette. Et ça c’est très important. Vous pourrez ainsi rejouer avec vos élèves les plus grandes scènes de la littérature classique. Notez que contrairement au 2 vous devrez bouger les doigts. Hé oui, la différence est parfois minime mais c’est pas grave, ça fait « j’ai de l’imagination ».

5-En cours d’EPS, le chaton mort peut être utilisé comme ballon si on coud les extrémités et qu’on le gonfle.

6-Le chaton mort comme nature morte en cours d’Arts Plastiques (là j’ai pas trop bien cherché mais j’imagine comme les auteurs des ouatmilles présentations sur les outils peuvent imaginer).

7-Variante, encore une, le chaton mort comme objet d’étude des gaz en sciences physiques (en général après une longue utilisation en Arts plastiques, il devrait pouvoir être recyclé à cet usage).

8-Le chaton mort en cartographie. Ben oui parce que dans toutes les présentations sur les outils, hé ben il  faut imaginer que ça va servir à toutes les matières. Donc en cartographie, le chaton mort sera utile quand même. Imaginez que les rayures représentent les parallèles et que la tête soit le Groenland. Enfin bref, n’importe quoi, le principal est de trouver une utilité.

9-En lettres, il illustrera très facilement « le petit chat est mort ».

10-En langue, il permettra d’aborder les termes de cat, kitten, dead, smealy…. A noter que l’imagination n’a jamais de limite dans les présentations de l’utilisation d’un outil.

11-Bien gonflé et avec une ouverture adéquate, il permettra de produire différents sons très utile en Education musicale.

12-mais le chaton mort ne se limite jamais aux matières classiques car oui le chaton mort comme tous les outils  doit être utile pour le transversal. Et bien le chaton mort est la démonstration ultime de quelques règles de sécurité routière.

13-Fort à parier que des utilisations seraient imaginables en terme d’éducation à la citoyenneté (là je sèche, mais n’oubliez pas ce que j’ai dit sur l’apéro).

14-En histoire, quoi de plus normal qu’un chaton mort pour représenter le processus de la momification.

15-Et pourquoi pas, le chaton mort comme serious game en techno. Ben oui avec deux-trois moteurs, un chaton mort, c’est quand même un chaton qui bouge.

Si ça ne suffit pas j’en ai encore plein. Tout ça pour dire que ça me gave profondément, les 15.000 utilisations d’un truc imaginées et non expérimentées. Ou encore mieux, les 36 applications ibidule les plus utiles pour les enseignants;Parce que moi, les applications les plus utiles, ce sont celles que j’utilise, et  si d’autres les utilisent très bien et bien tant mieux mais moi elles ne me vont pas. Je désespère du jour où on privilégiera la démarche sur l’outil. Ben oui, un chaton mort, si l’idée est géniale, est aussi utile qu’un TBI de la Mort qui tue. Juste, ça sent un poil plus mauvais.

Je me comprends sur la morale!

Fév 13

Y sont où les digital Natives? (ou comment mettre plein de trucs DTC)

Bon on va commencer comme d’hab par une petite vidéo

Alors vous n’avez rien compris parce que c’est de l’allemand et bien que tout ce qui vient de ce magnifique pays est censé être en cette période électorale le Saint Graal et ben personne ne comprend rien? Normal, cette scène on pourrait la revoir partout.

Aujourd’hui il est de bon ton de parler de digital natives, de se fader d’un billet plus ou moins bien senti sur cette génération élevée au numérique, enfin élevée, faudrait encore que ce numérique nourrisse quoi quoi que ce soit du corps ou de l’esprit. bref, c’est de bon ton et quand c’est de bon ton et ben on retweete. Bon d’accord, on a tous retweeté de la merde parce que ça venait de un tel ou de un tel. Ben oui parce que ce concept, si tant est qu’il en fut un, est la débilité du siècle.

Imaginez un peu si on appliquait ce concept à toutes les grandes ruptures. Y-avait-il à Rome des aqueducs natives, une génération qui disposait d’eau grâce aux aqueducs. Y-avait-il à Sumer des écritures natives? Bon faut arrêter d’être débile et de sortir des concepts à tout bout de champs.

Certes une génération est née dans une période où un bouleversement a eu lieu. Certes, ce bouleversement, va tout changer. mais voilà cette génération s’est-elle appropriée la chose.

Que nenni! Comme pour l’écriture, le monde numérique est resté opaque à cete génération. Qu’en savent-ils de tout ça? Que maîtrisent-ils de tout ça? Queud (enfin moi je l’écris comme ça). Et pourquoi Queud? Ben pour un tas de raison. On entend par Digital Natives, une génération pour laquelle la culture numérique serait spontanée, naturelle presque innée. Or, qu’est-ce qui est vraiment spontané? Ben regardons un peu les usages parce qu’il y a bien un tas de choses spontanées. Cette génération a internet comme réflexe. On veut un film, on le cherche et on le trouve (bon comme on sait pas chercher, on se retrouve avec un film de boule intitulé Avatar mais c’est pas grave on recommence). on maitrise Facebook, on maitrise les chats (pas ceux que l’on peut manger, ceux où on peut parler) et on recherche ses infos sur wikipédia. Voilà en résumé mais on va encore dire que je caricature.

Y sont où les Digital Natives. He ben y sont DTC toi le sociologue ou toi le consultant à deux balles parce que le numérique c’est une culture et qu’une culture ça s’acquière, ça se transmet et ça se travaille? Y sont DTC parce tout simplement y’en a pas.

Qu’est-ce j’entends par digital natives moi qui ne vais pas dans le sens de ces grands penseurs du web qui nous bourre le mou tous les deux jours! Ben quelqu’un qui est né avec une culture numérique qui la cultive et qui la maîtrise. Et maitriser ben ça demande un minimum de boulot.

Aujourd’hui, les outils permettent intuitivement de faire un certain nombre de choses. Donnez une tablette à n’importe quel gosse, il comprendra sans problème comment ça marche. Donnez un Ipad à une grand mère et c’est pareil. Comme quoi on pourrait dire que la grand mère est digital natives! mais non, la grand mère elle est au mieux eau courante natives! Arrêtons les conneries 30 secondes ça fera de mal à personne. Pourquoi c’est si intuitif pour les nains. Mais tout simplement parce que c’est intuitif pour tout le monde. Aujourd’hui pas besoin de comprendre le système c’est le système qui te comprend.

Et c’est là l’absurdité du concept de Digital Natives. car ce concept suppose une compréhension innée alors qu’il n’y a plus aucune compréhension. Il supposerait une éducation alors qu’il n’y en a aucune prévue par le système. Avant (enfin de mon temps donc ça remonte pas à des lustres), il fallait comprendre la machine pour la maîtriser. une fois compris, on enclenchait un système de pensée. Pour faire ça il faut faire ça. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Aujourd’hui si tu commets une erreur, au mieux, on te propose de faire autrement,au pire, on te dit ça marche pas point (et ton appli que t’as payée tu l’as met aussi DTC). Avant, et pour ceux qui développent encore, si tu commettais une erreur, il fallait la corriger, tu apprenais, et tu ne faisais plus d’erreur. Avant tu apprenais, c’est pas formidable ça! Apprendre

Ne parlons même pas des usages.  Alors, je ne suis pas parano, mais quand même le concept de Digital Natives, il aurait pas été inventé pour dire « hé arrêtons de dépenser de l’argent pour leur faire apprendre le numérique, ils savent déjà ». Ben oui je le pense clairement, Digital Natives c’est de la Connerie.

Certes vous trouverez des jeunes qui ont tout compris (forcément le hacker de 14 ans dans beaucoup de tête) mais penser un monde numérique ça demande plus que d’être né avec des outils.

Moi je suis né à une époque où tout le monde a commencé à avoir une télé, ben je suis pas un télé natives, et pour ne pas regarder n’importe quoi et ben j’ai reçu une éducation télévisuelle, j’ai testé plein de trucs (oh Tabatha Cach que tu étais belle) avant de savoir ce qui était vraiment intéressant.

Conceptualiser c’est bien, conceptualiser n’importe quoi c’est faire le shadock. Alors pompez, on ne m’enlèvera pas de l’idée que les Digital Natives, le seront seulement quand ils auront été éduqués. Et ben d’après certains c’est pas gagné, et quelqu’un qui parle mieux que moi le dit c’est Michel Guillou. (il parle mieux que moi et il a l’air moins con c’est peut être plus crédible pour vous)

Jan 06

L’hypocondrie pédagogique (ou comment j’ai survécu à la ménopause)

Bon j’ai bien des défauts mais faut bien avouer que certains défauts peuvent devenir des qualités. Mon défaut majeur, c’est d’être hypocondriaque. Pas un peu hypocondriaque, super hypocondriaque. Le genre qui ne peut pas regarder le journal de la santé sans finir avec un cancer totalement obscur et mal placé et à finir à s’observer différentes parties du corps dans des positions dangereuses pour être sûr que c’est bien ça ou pas.

Et ben au boulot c’est pareil. Au boulot je souffre d’hypocondrie pédagogique. Ah, y’en a qui connaissent pas cette maladie et ben peut être que vous l’avez.

Pour bien expliquer l’hypocondrie pédagogique il faut d’abord bien connaître l’hypocondrie tout court. L’hypocondriaque a toutes les maladies sans en avoir aucune, et surtout ça lui trotte dans la tête, à un point tel que ça empêche une grande partie de sa vie sociale. Exemple parfaitement réel, la fois où j’ai eu la ménopause.

Bon ça fera rire ceux qui me connaissent, mon côté féminin se résumant physiquement à un diamant dans l’oreille. Et intellectuellement, ça doit se résumer à la possibilité de regarder le journal de la santé en écrivant un billet (c’est à dire deux choses à la fois ce qui est exceptionnel). Bref, malgré cette virilité débordante et bien, j’ai eu la ménopause et j’ai survécu. Revoyons l’histoire au ralenti. Je vais à la pharmacie (oui parce qu’en bon hypocondriaque, je ne vais pas chez le médecin qui pourrait me faire des examens révélant au grand jour mes multiples maladies mortelles) et là en attendant que les mamies finissent de raconter leur vie, je regarde un écran de pub. Et là au fur et à mesure de ce superbe Pauvre Point médical, je me rends compte que j’ai tous les symptômes. Fatalement, à chaque fois que je chope une maladie grave, j’ai des sueurs froides, une boule au ventre et je me prépare au pire. Heureusement pour moi, le diaporama se termine par un gros « VOUS ETES MENOPAUSEE » (pour expliquer que je ne suis pas débile non plus, faut dire que j’avais raté le début). Un petit sourire m’échappe alors, je m’essuie le front encore humide, je vais mieux (d’ailleurs tellement mieux que j’en oublie de prendre mon aspirine censée me fluidifier le sang et éviter les attaques cardiaques).

Et ben au boulot c’est pareil, tant que je n’ai pas eu la démonstration de ma connerie, je suis malade. On prépare son cours, son activité, tout ça tout ça, et hop faut y aller. Des fois on a eu bien le temps de préparer, on a fouillé le sujet, on a pensé aux alternatives d’urgence, mais d’autres fois moins. Et ben préparer ou pas, c’est pareil, l’hypocondrie se manifeste. Comment?

Et bien il y a différents moments dans l’hypocondrie pédagogique.

-Le premier moment est la pensée du cours. On regarde le programme, et puis on se met à cogiter à ce qu’on pourrait bien faire. La première hypocondrie, c’est de toujours chercher l’idée qui tue sa race. On cherche, on retourne, on pense à plein de trucs, plein d’idées viennent, rien ne se concrétise. Personnellement j’adore cette phase parce que, comme dans l’hypocondrie, c’est la phase où il est encore possible de se sentir en bonne santé parce que parfois, l’idée ultime survient. Tellement géniale que forcément les élèves vont accrocher et tout retenir, tellement extraordinaire que ça va enterrer tous les pédagogues depuis Aristote (bon ils sont déjà tous morts d’accord). Bon parfois dans cette phase, on peut aussi se choper un cancer pédagogique et la flippe commence. « J’arriverai jamais à faire passer un truc pareil ». En bon hypocondriaque on accuse alors les acariens qui ont pondu les programmes ou le froid qui gèle le cerveau.

-Le second moment est nettement moins drôle. C’est la préparation. Parce que lors de la préparation apparaissent les grosses maladies. Tu es en super forme, tu as l’IDEE, mais ça va mal tourner, parce que pour ton idée, il te faut du temps. Et Paf, tu chopes une chronophagite et l’angoisse monte parce que la chronophagite, ça se soigne pas. Ou mieux tu as pensé à tout, tu as la trace écrite rêvée que les élèves vont faire eux-mêmes comme des grands, les activités qui vont bien et qui sont tellement autonomes et constructivistes que ça ferait pleurer sur certains forums de profs. Et là tu te chopes une inflammation du document. L’inflammation du document est particulièrement grave. Parce que pour l’idée ultime il faut les documents ultimes. Et ben ils existent pas. Alors tu peux mourir. Ou encore, tout s’est bien déroulé, les fiches, les docs tout. A croire que l’on est en pleine santé. Mais à la relecture, on se découvre un soupçon, qui à bien regarder est une louche, de Magistralisme. Et le magistralisme c’est un peu une maladie insidieuse, un peu comme un cancer très lent. Lors de cette maladie tout se passe bien. On prépare dans l’allégresse, on fait son cours, les élèves sont sages, bref, une cure de vitamines. Et lors de l’examen, plus rien. Tout ce sérieux en classe, toute cette attention, s’effondrent, ils n’ont rien retenu, tu as fais de la merde.

-Le troisième temps c’est le cours. Là l’hypocondrie est différente parce qu’en général, lors de la préparation, on a à-peu-près une idée de la maladie que l’on a pu éviter. Que nenni. Parce que là, alors que tu attends devant ta salle qu’arrivent ceux qui vont t’examiner, tu commences à te dire j’espère que j’ai bien fait, tu relis tes fiches, tu espères presque que des mamies viennent discuter devant le comptoir pour vérifier encore un peu. J’appelle cette phase, la quête du symptôme. Tu attends le sale mioche qui va te pointer le doigt sur la maladie. C’est l’heure aussi du premier bilan, c’est là que tu sais si tu es malade et quelquefois ça soulage.

-Enfin le temps de l’évaluation arrive.J’emploie ce terme uniquement pour éviter celui de contrôle parce qu’en général un simple contrôle en médecine, ça se termine au cimetière. L’évaluation parfois, c’est le moment où tu te sens bien portant et où tu te rends compte que t’as tout merdé. Tu pensais avoir bien fait, tu avais pensé à tout, et ben ils ont rien retenu. Ben pourquoi? Comme tout hypocondriaque bien formé,  il y a le déni. De toute façon, les toubibs ne connaissent rien (alors les élèves hein?). Puis vient la phase de panique. J’ai foiré un truc mais quoi? Alors on s’ausculte, on se scrute, on cogite sa maladie jusqu’à en être malade. Et puis il faut passer à un nouveau cours alors soit on retient l’origine de la maladie soit on oublie et on recommence.

Finalement, je suis assez content d’être hypocondriaque du boulot. Parce que pour le coup et ben cette hypocondrie, je la vis comme un atout même si parfois j’ai bien chopé une maladie.

Déc 30

Sa mère l’année (ou comment devenir social)

Bon vu que @drmlj s’est tapée un bilan, j’ai décidé de m’y coller aussi. je suis pas fan des bilans, ça fait un peu retour en arrière et moi j’aime pas les retours en arrière. mais quand même c’est une année qui mérite un bilan.

 

Ben pourquoi mériterait-elle plus un bilan que les autres? ben banane parce que cette année là ma vie a changé tiens! Enfin changée, complexifiée, améliorée? Bon alors revenons rapidement sur cette année, parce que j’ai pas trois plombes pour l’écrire ce billet.

Au niveau personnel, ça doit être l’année de ma vie. je découvre les joies de la vie de couple (enfin j’avais découvert avant mais j’appelais pas ça les joies j’appelais ça les compromis). J’ai découvert les joies d’un boulot de plus en plus pesant (d’ailleurs j’en viens à me demander comment j’ai pu accepter cette nouvelle fonction?). J’ai découvert la tablette et ça c’est un peu le bonheur de l’année (non parce que vous pouvez pas imaginer ce que c’est d’aller aux toilettes en jouant à Angry Birds ou à World of Goo). Bon j’y reviendrai sur la tablette, on va pas être aussi réducteur ce soir). Cette année j’ai découvert Twitter (enfin j’ai découvert avant mais cette année j’y ai trouvé plein de gens dignes d’intérêt). et en vrai, cette année j’ai découvert plein de gens surpnenants et intéressants et ça c’est rare. parce que s’il faut bien savoir un truc sur moi, c’est que les gens, et ben c’est pas mon truc justement, en particulier en vrai. Les gens me saôulent, les gens me fatiguent, les gens m’agacent. Et ben cette année, j’ai découvert des gens qui me font pas ça. C’est gens je les appelle les Campbell parce qu’ils font un peu le même effet que le whisky de la même marque (c’est pas très bon mais ça fait un peu du bien). Et j’ai découvert des gens encore mieux que j’appelle les Lagavullin, des gens très bons qui font beaucoup de bien (enfin là il n’y a que les amateurs de whisky qui peuvent me comprendre). Et j’en ai même vu en vrai.Bref cette année, c’est une année qui tue, parce que je découvre que je peux apprécier d’être entouré de gens qui ont des défauts (qui deviennent presque des qualités pour certains).  Et moi les gens, avant je croyais que c’était la seule chose qui resterait à manger en cas de fin du monde ou en cas d’invasion de zombies (bon j’avoue, dans ces cas là tant pis les gens, ma survie passe avant vous et je mangerai les gros en premier sauf moi). Bref l’année de l’amour et du contact humain. De l’amour surtout quand même parce qu’après deux demandes en mariage, j’ai quand même eu deux oui (si c’est pas une compétence validée ça!).

Au niveau professionnel, ça se complique un peu. J’ai découvert qu’on pouvait avoir un boulot de M…. dans l’éduc nat (je passe sur un aspect du boulot et j’interdis ceux qui savent de commenter)  mais continuer à s’éclater quand même (ça c’est la première partie du boulot!) avec des élèves que tout le monde qualifie de durs, de difficiles, de chiants et de tout ce qu’on veut, mais qui sont des élèves et qui ont des talents insoupçonnés. Professionnellement, j’ai aussi appris la fin de l’inspection (enfin presque) et j’avoue que je m’en tape sauf que je trouve bien dommage qu’après avoir fait de nos inspecteurs des gens avec lesquels on pouvait enfin discuter de pédagogie (vraiment), on finisse par nous menacer de les enlever (enfin pas tous hein parce que y’en a des lourds aussi). J’ai découvert aussi que contrairement à tous ce qui peut circuler il n’y a pas d’éducation prioritaire en France (d’ailleurs je ferai un billet là-dessus un de ces quatre) et j’ai découvert aussi que je travaillais plus pour gagner moins (comme presque tout le monde mais là c’est vraiment plus). J’ai découvert aussi qu’il n’y avait aucune politique pour le numérique dans l’éducation, aucune pensée en ce sens, ni même aucun intérêt pour cela (et je ferai aussi un billet pour cela). professionnellement, j’ai quand même découvert que j’existais et j’en remercie certaines personnes qui m’ont appelé pour certaines choses. Bref, on m’appelle quand on a besoin de moi et ça j’aime bien. On m’appelle aussi pour des conneries et ça j’aime moins. J’ai découvert que j’étais utile à des gens (encore eux, comme quoi faut vraiment que j’accepte les gens). J’ai monter des sites, j’ai monté des trucs. J’ai fait un site pour e.l@b, une association chère à mon coeur avec des gens aussi (chers aussi avec chacun leur petit truc bizarre qui en fait des gens cotoyables) J’ai bidouillé des trucs, des machins.

Bref une année quand même top. ben oui parce que si t’enlèves toutes les merdes d’une année et ben il reste quand même des tonnes de bons trucs.  Et moi je suis pour qu’on enlève toutes les merdes pour garder que le bon.

Bon je vais revenir un petit peu au perso parce que c’est mon blog et qu’il faut bien que je parle de moi qui jusqu’à peu était la personne que j’aimais le plus. Pour les nazes qui n’ont pas suivi j’ai fait deux demandes en mariage cette année (et à la même personne). Ben cette année, je me suis senti moi-même. Je me suis senti reconnu comme je voulais l’être. Par ma chérie notamment même si elle a pas les moyens de m’offrir un mac pour que je sois le Ticeman utlime. par mes followers. Je me suis senti moi-même aussi parce que je me suis senti le droit d »écrire sur mon blog (tiens j’ai vu ça sur un autre blog aujourd’hui) le droit de m’intéresser à plein de choses, le droit de programmer des trucs débiles, le droit.  cette année, je me suis senti libre not as a beer but as in french.  Cette année c’est mon année parce qu’elle a dit oui deux fois.

 

Nov 19

Qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui? de l’Inspecteur (ou comment plomber une évolution positive)

Y’a des jours où vraiment je ne comprends pas comment ça se passe dans la tête des décideurs et particulièrement dans le monde de l’éducation.

On se mange de la réforme à tous les repas, de la bonne grasse réforme. Comme n’importe quel omnivore ben on s’adapte et on finit par trouver ça bon. Mais faut croire que pour notre bien, faut varier notre régime fréquemment, alors quand on aime trop quelque chose et ben faut le changer, des fois que nos élèves et nous-même finirions par nous habituer et à nous épanouir au travail.

Et puis voilà, la réclame fait que, y’a des trucs mieux donc faut les mettre en place. Cette année le truc mieux, c’est l’évaluation des profs. Ben oui c’est pas au point le système, c’est arbitraire (une note après une heure de visite toutes les x années) et puis avec ça, et ben les enseignants et ben ils s’investissent pas dans leur travail plus que ça.

httpv://www.youtube.com/watch?v=cOeygrYyJ7s&feature=related

Alors ben on décide qu’on va mettre un système mieux. A la place de l’inspecteur, ben ce serait notre chef d’établissement qui nous noterait. Et la réclame elle est à peu près du niveau de celle de Ash. C’est le système de l’entreprise donc c’est bien.

Et ben même si la méthode elle est basique, et ben elle crée quand même le buzz. Tu métonnes. Si y’a bien une profession que la majorité des profs déteste, c’est celle d’inspecteur. Même moi j’avoue, j’ai tendance à penser que vouloir devenir inspecteur c’est un peu come vouloir devenir huissier. Serait-ce une tentative de com en direction des enseignants?

Que Nenni. Parce que le but c’est pas de  faire de la com. Pour certains le but est de réduire l’avancement général pour faire des économies. Je ne vais pas rentrer dans le débat syndical, je ne suis même pas certain de cet objectif.

Replaçons la scène dans son contexte général. Depuis quelques temps et particulièrement cette année, il est de bon ton de taper sur les pédagos, ces grands destructeurs de notre école à la Jules Ferry qui avait fait ses preuves en permettant de créer des générations entières qui savaient lire et écrire (pas toujours foutus de réfléchir mais bon on s’en foutait à l’époque). Je ne citerai pas de noms, ça apporterait une audience inutile à ces antipédagos qui en général ont foutu les pieds dans une classe pendant un ou deux ans avant de faire quelque chose de financièrement plus rentable.

Bref, tapons sur les pédagos. Dans le même temps, on va dire peut être depuis 2005 (enfin en tout cas c’est à ce moment que ça m’est apparu), il y a eu une grande évolution du rapport entre profs et inspecteurs. Bon quand je dis grande évolution faut nuancer, on se grille pas encore des saucisses autour d’un feu de camps en chantant. Mais une évolution tout de même. Augmentation de réunions réellement  pédagogiques qui donnent lieu à de réelles discussions, collaborations diverses  et variées avec parfois un vrai sentiment d’avoir été entendu et compris et finalement il est devenu assez fréquent de croiser ses inspecteurs à droite à gauche. Les vilains diront ça c’est la faute du socle. Ben c’est peut être un peu grâce au socle, peut être un peu grâce à une vision commune du métier (enfin pour ceux qui ont réellement été profs)

Et là pan, alors qu’on est à deux doigts d’aborder le chamallow grillé, on n’a plus qu’à manger les inspecteurs. Parce que ça y va un peu fort de tous les côtés quand même et on atteint même l’overdose.

Je n’ai pas vraiment d’avis sur la question du chef comme évaluateur, ce sera pas pire d’être opposé à son chef que d’être opposé à son inspecteur AMHA. Mais ce qui sera pire c’est que là ben on pourra plus causer à personne de notre discipline sinon à nos collègues quand on a la chance de ne pas être éparpillé sur deux ou trois établissements. Surtout, plus aucun regard extérieur et plus aucune remise en cause

Alors c’est là l’habileté de la manoeuvre. il suffit d’écouter une discussion de profs à la cantine. Les farouches opposants au projet, les farouches partisans, ceux qui aiment pas leur inspecteur, ceux qui aiment pas leur chef, ceux qui aiment pas les nouilles (rien à voir mais ça arrive à la cantine). Si c’est pas habile ça! réussir à buzzer tout en divisant les collègues.

Et alors qu’on s’approchait d’une dimension toute pédagogique du boulot d’inspecteur, enfin reconnu comme telle (bon y’a toujours des nazes aussi mais y’en a plein chez les profs et les boulangers aussi) que restera-il de pédagogique dans les établissements? nada. Ah oui le fameux conseil pédagogique où quand on fait le bilan on cause de tout sauf de pédagogie? La cantine?

La vla la vraie nature du projet. Ne plus parler pédagogie dans les établissements scolaires et parler de résultats chiffrés et mesurables avec un impact sur PISA si possible. Et ça commence à gaver (pour rester sur le thème cantine). Dès qu’un truc un peu positif pointe le bout de son nez, hop, supprimé. Parce que faut pas réver, les inspecteurs qui n’évaluent plus, ça ne voudra pas dire qu’ils auront plus le temps de venir nous voir pour discuter de pratique ou de projets. Ca voudra dire les inspecteurs sur des tâches purement administratives (si j’ai bien compris suite à une discussion récente avec l’un d’entre eux c’est déjà plus que largement le cas).

Alors aux heureux qui s’en réjouissent, ben pensez juste à un truc qui sera encore plus génial après ça. La seule chose que vous demandera votre chef pour démontrer votre qualité pédagogique, c’est de bien tenir votre classe. Et quand vous n’y arriverez pas, il suffira de fermer la porte et de ne rien dire.

Qu’est-ce qu’on ferait pas pour un peu plus de PISA!

 

 

Nov 12

Mais j’ai pas été formé (ou comment sortir les enseignants de la matrice)

Bon on se refait pas, faut bien une petite vidéo idiomatique pour débuter.

Parce que mine de rien, tout est dit là dedans sauf que les frères bidules n’avaient peut être pas conscience qu’ils causaient des profs dans leur film. une vaste allégorie en fait.

Ben oui suffit de regarder la scène en détail, Neo, le prof de sport, demande à Trinity si elle sait mener une séance en salle informatique. Trinity se renseigne alors et contacte   son inspecteur pour savoir comment faire. Parce que sinon Trinity cette tache, elle sait pas faire sans que quelqu’un lui mette le truc dans le crâne. Et là il est bien question d’une pure injection. Parce que bien souvent, les profs, ils pensent comme ça, si l’inspecteur ne m’a rien injecté, je ne peux pas le faire.

Alors la faute à qui tout ça? La faute aux inspecteurs, la faute aux profs, la faute au matériel? Hein pourquoi les profs ils se disent pas tiens je vais me sortir les doigts et je je vais apprendre à faire des trucs sans demander à mon inspecteur.

C’est un peu la faute des profs quand même. Parce qu’un prof, c’est quelqu’un qu’il est intelligent tout plein et qu’il a  fait des études et que même parfois il  été très brillant et qu’il a été dans les premiers au concours. alors, pourquoi faire différemment alors que la science est infusée dans cet esprit si brillant. D’ailleurs souvent, les profs ne disent pas je ne sais pas faire, ou ça ne m’intéresse pas, les profs ils disent, je n’ai pas été formé. Et là dans cette toute petite expression, on peut se rendre compte qu’une formulation au passif (enfin si j’ai bien retenu mes cours de Français) peut révéler tout la passivité d’un bonhomme. Parce que dire je n’ai pas été formé, sous entend quelque part, je ne peut pas me former tout seul. Alors là oui c’est quand même la faute du prof, qui refuse de se mêler au monde réel. D’ailleurs, il y a un taux incroyable de profs qui n’ont pas la télé, ne la regarde pas et préfèrent les films hongrois sous titrés en Albanais (mais qui quand même sont capables de te raconter plus belle la vie: « mais je le regarde pas c’est parce que ma fille est tout le temps devant »). Il y a là un grand manque d’honnêteté destiné à maintenir ce statut de pseudo intellectuel. mais bref, beaucoup de profs ne peuvent se former eux-même. Cas 1: la flemme. Cas 2:c’est grave mais ça se soigne. Parce que tout se soigne.

Mais c’est aussi quand même la faute du système tel qu’il s’exerce dans toute sa splendeur. La peur inspectorale est omniprésente et beaucoup préfèrent l’avis de l’inspecteur avant de se lancer dans quoi que ce soit, en particulier en matière de Tice. Vaut mieux faire de la merde qui plaît aux narines du juge que de la gastronomie qui lui met des hauts le coeur. Ben oui, comment ça se passe en général? prenons le cas de l’évaluation par compétences histoire de sortir un peu des tice. Vous avez un inspecteur qui déteste ça et qui ne veut pas en entendre parler. Alors allez vous prendre le travail par compétence dans vos sacro saints stage du PAF (tiens d’ailleurs j’ai un billet qui court sur ce sujet)? Ben non, vous prendrez des stages purement disciplinaires histoire de plaire à monsieur. Mais monsieur l’inspecteur est muté et est remplacé par un allumé à la Milasaintanne qui voudrait que le travail se fasse uniquement par compétences. Et ben là c’est la ruée sur les stages sur les compétences. Voilà pourquoi Trinity attend de se faire injecter pour être sûre de faire comme il faut.

Et c’est le cumul de tout ça qui bloque l’évolution. Pensons aux TICE maintenant. J’avais des collègues qui s’y refusaient. Puis un jour un inspecteur se pointe et juge ça bien utile. Elles se ruent alors sur les stages et prennent tout ce qui a un rapport avec les tice. Et les voilà dès le retour du stage à me demander à mettre des trucs sur le serveur de l’établissement. Tout d’abord, je reste bouche bée, mais bon je fais mon boulot et je mets un superbe powerpoint de 50 Mo sur le serveur. Alors bon en 2010 un powerpoint on a fait plus tice (je parle même pas des 50 Mo) mais bon elles s’y sont mies. Mais voilà, ce formidable powerpoint fait en stage n’a jamais été suivi de quoi que ce soit, parce que le stage a ensuite disparu et qu’il était donc hors de question d’utiliser un truc inventé par soi-même.

Il y a à mon sens un problème majeur valable pour toutes les innovations. On a beau mettre en avant l’article 34, le besoin d’adapter l’enseignement à une génération qui mange du numérique (même si c’est de la malbouffe) à tout les repas, et ben ça ne changera pas tant que ce système n’aura pas changer. Parce que en 2011, expliquer à une collègue qu’il faut verrouiller le pavé numérique pour rentrer les chiffres, ce n’est pas très normal. Sachant que désormais tous les nouveaux enseignants sont détenteurs du C2I2E c’est encore moins normal.

Mais voilà, ça le ferait pas de ne pas valider quelqu’un pour cause de non maîtrise des TICE donc ça ne change pas. Parce que contrairement à ce que l’on croit, les enseignants qui arrivent aujourd’hui sur le marché, ne sont pas plus digitaux que les anciens. Pour bien des raisons. D’abord, à titre personnel l’utilisation est la même que celle de la majorité des Français c’est à dire de la vraie malbouffe numérique à coup de je montre mon cul sur Facebook (et oui les profs ont un cul et font même caca) et je dévoile toutes mes informations personnelles, mais là rien d’anormal car ils prouvent ainsi qu’ils sont humains. Mais aussi à titre professionnel. Déjà qu’avec une formation c’était n’importe quoi le C2I2E alors imaginez un peu sans formation.

Alors qui de la poule ou de l’oeuf? hein qui? Le système en est très responsable. Le prof hors de la société et supérieure à la société est la grande illusion qui a mené à tout ça. Et oui chers lecteurs, je vais vous apprendre un truc ce soir: les profs sont comme les autres humains: ils vont aux toilettes, ils sont parfois mal polis et cons, ils sont parfois incultes sur bien des domaines mais soit ils refusent de l’admettre soit on les empêche de l’admettre.

Voilà comment ça se termine

Un système inadapté finit par s’autodétruire. On pensera peut être dans le bon sens après.

 

Oct 07

le gardien de mon frère

Moi dans la vie je suis quelqu’un de pas compliqué.

Dans la vie, je suis plutôt le genre de personne qu’on appelle un gros con. J’ai pas une faille, j’ai une répartie qui fait qu’en général on réfléchit 15 fois avant de me parler et je suis pas baisant (ce qui signifie pour les incultes qu’on n’a pas trop envie de m’approcher). Bref, je suis un  un gros con pour ceux qui veulent pas me cotoyer et j’aime ça.

Et si il y a un truc dont je suis persuadé, c’est bien d’être tout puissant face à tout. Je sais que bien des gens ne pensent pas la même chose, mais comme c’est mon blog et ben je les emmerde un peu sur le coup. (non en fait beaucoup, parce que de toute façon vu la période, je suis encore moins aimable que d’hab).

Quand je veux quelque chose, je l’ai, quand je veux faire quelque chose, je le fais. Je l’ai déjà dit, je suis pas bien compliqué. Pas une faille, n’importe qui peut bien me dire n’importe quoi, ça me passe bien au dessus.

Socialement, je suis pas plus baisant que ça non plus. J’ai quelques potes, et ils savent à quel point je suis un communicant. Tout ce qu’on peut attendre de moi, c’est que j’existe, c’est déjà pas mal. Pour les gens que j’aime pas, je n’existe pas et je m’en tape royalement. Enfin si, eux ils pensent à moi et moi je les ignore.

Donc je suis une sorte de super héros. Imaginez un peu un super héros qui craindrait quoi que ce soit, et ben ce serait pas un super héros. Et moi, j’ai toujours pensé que j’étais un super héros. D’ailleurs j’attends avec impatience le truc qui montrera à tout le monde que je suis bien au dessus de la moyenne (genre une invasion de zombies)  Bref je suis un gros con mais je l’assume totalement.

Et ben moi le gros con, une fois par an, il m’arrive un truc étrange. Un truc qui ne doit arriver qu’aux supers héros dans mon genre; une fois par an, je pense que je suis un gros naze et toujours à la même date. une fois par an, je ne me connecte plus sur facebook à la même date, une fois par an il m’arrive de dire des trucs sympas par inadvertance, une fois par an je me cache. Pourquoi une fois par a?. Parce qu’une année, je ne me suis pas du tout senti un être un super héros. Une fois j’ai failli à moi-même et surtout à ce que je croyais de moi-même.

Imaginez vous un peu un truc. Vous êtes un super héros. Vous vivez un petit peu une vie de rêve.  Vous avez peu d’amis (normal pour un super héros car il faut bien choisir). Ne suis-je pas le gardien de mon frère? Les incultes iront faire une petite recherche, les autres comprendront un petit principe judéo-chrétien. Peu d’amis, mais des vrais. N’ayant pas de famille, mes amis sont ma famille, mes frères. Et si je peux dire que j’ai un principe, c’est bien celui-là! Etre le gardien de mon frère! (les incultes cherchent toujours). ben voilà une fois par an, j’ai cette étrange sensation de ne pas avoir été le gardien de mon frère. une fois par an, je reproduit la faille qui me bouffe.

On se replace un petit peu en arrière. Je fais une bringue du tonnerre. Etant un super héros, je suis populaire et chaque année, j’organise ce qu’on appelle la fête d’intégration. Bref la fête pour tout le monde, pour que les nouveaux se sentent intégrés.ben oui parce qu’on est vraiment intégrés que quand on a vu les gens dans un état inhabituel. Donc je fais la fête. Je passe la fête elle n’a aucun intérêt en elle-même. Je m’ennuie  en fin de soirée et bref, je ne finis pas la nuit seul.(oui malgré ma tête de con, j’ai eu un certain succès)

Donc une fête arrosée qui se termine plutôt bien. Je m’endors et à peine deux heures après je reçois un coup de fil. Il s’est passé un truc grave. Il est à l’hôpital dans le coma. J’accuse le coup, je raisonne. Ca c’est aussi la caractéristique du gros con, il raisonne (c’est un peu facile de voir un gros con dans quelqu’un quand elle pense un peu différemment). Je raisonne, et je fais, comme d’habitude confiance à la science. Je vais encore résumer. Pleins de coup de fils dans la journée pour détails. Non tout ça n’évolue pas positivement. Alors qu’est-ce que tu dis au frère que tu es censé garder quand il t’annonce que rien ne va plus. Ben tu dis ce que tu peux, et quand tu est un gros con super héros, tu dis en réalité pas grand chose. Enfin tu  sais même pas ce que tu dis.

Alors pour résumer encore, après moult coup de fils, finalement, le frère que tu dois garder te dis, ben c’est fini. Et ben là, toi le super héros un petit peu infaillible et ben tu fermes ta gueule (enfin en réalité tu hurles mais c’est comme si tu fermais ta gueule, ou comme si tu fermais ta gueule en hurlant enfin je sais pas). Parce que là, et ben en un coup de fil t’as perdu ton presque fils qui a 5 ans. Le fils tellement prodigue qu’à 3 ans tu lui a filé sa première Ubuntu. Le fils que t’as pas parce que t’as été tellement (au choix) coureur de jupon, égoïste, trouillard. Bref, le fils de tes potes, le fils du frère que tu dois garder.

Alors tu fais quoi à ce moment l?. Et ben  tu ne sais pas enfin je ne sais plus. Ce qui est sûr c’est que je n’ai pas eu le sentiment d’avoir été le gardien de mon frère et que chaque année à la même date je ne l’ai pas ce sentiment. Chaque année à la même date, je zappe tout conversation  importante. Je zappe tout ce qui peut avoir un rapport avec tout ça, chaque année j’essaie de zapper. Et chaque année, je ne peux rien zapper, chaque année je me rends compte que je n’accomplis pas mon devoir, chaque année, je ne suis pas gardien de mon frère, chaque année, j’essaie de faire comme si de rien  n’était.

Faut bien le savoir, je suis une sorte de handicapé du sentiment. Dès que je dois manifester une chose importante, je la remplace par une chose nettement plus drôle à mon goût.Mais chaque année à la même date je faillis à mon seul principe. Comment je dis tout ce que je pense à cette date au frère que je dois garder?: « ça va? ». C’est bien tout ce dont je suis capable et penser à ramener une BD en espérant que vraiment elle aura un effet quelconque.

Je ne suis pas le gardien de mon frère et chaque année, j’en suis malade.

Steve Jobs est mort le 5 octobre et ben vous savez quoi une personne bien plus importante est morte le 5 octobre. Moi  les vraies choses, je ne les dis jamais, je les pense. Je crois que penser c’est déjà énorme, mais pour mon frère est-ce suffisant? ben oui, parfois je sers à rien!

 

Sep 22

De la fonction de personne ressource (ou comment le travail invisible n’est pas un travail)

Il est des fonctions dans un établissement scolaire qui sont soit méconnues, soit non reconnues, soit  dénigrées. S’il en est une qui paraît indispensable, c’est bien celle de personne ressource.

Ah oui j’oubliais, comme il s’agit de l’éducation nationale, et bien dans chaque académie, cela porte un nom différent dans chaque académie (pourquoi faire simple surtout si on ne veut pas se mouiller à créer un statut). Et j’oubliais aussi, mais ça c’est parce que je suis certainement trop con, dans certaines académies, on a profité de la création du statut de référent numérique pour les supprimer.

Pour faire simple, c’est la personne, le plus souvent un enseignant, qui est chargé de s’occuper de la gestion du réseau de l’établissement et de la bonne marche des TICE. Officiellement, il s’agit de la personne qui est chargée d’organiser la bonne marche pédagogique des TICE. Dans la réalité, c’est le gros con qui a accepté de passer tout son temps libre à gérer du matériel obsolète (ou inutile), à installer des logiciels et à faire en sorte que ça marche à peu près.

Ca vous dit rien, pourtant c’est un peu le mec que vous rendez responsable de tous les dysfonctionnements informatiques de votre établissement. Parce que s’il y a un truc génial avec cette personne, c’est que quand tout va bien, on ne sait pas ce qu’elle fait, mais quand tout va mal, on a quelqu’un sur qui taper sans toujours savoir ce qu’elle fait. Si on établit un emploi du temps moyen en France, cette personne est « valorisée »  par l’institution à hauteur de 1 à 3 heures supplémentaires par semaine. Enorme! savez vous en réalité combien de temps elle y passe? Ben nous vous ne le savez pas, ce qui vous intéresse c’est que ça marche. Par contre, pour gueuler quand ça ne marche pas on vous retrouve! on ne peut pas vous en vouloir! avoir une politique de développement des tice sans mettre en place un véritable statut pour la chose c’est un peu n’importe quoi!

Mais heureusement, certaines collectivités territoriales ont remédié au problème en  mettant en place des techniciens qui gèrent quelques établissements. Oui des techniciens, pas des profs. Donc niveau pédago c’est pas ça et parfois vos préoccupations, ils ne les comprennent pas. Ce n’est pas de leur faute, ils sont techniciens, ils ne peuvent pas savoir. Dans la plupart des cas, c’est sur un collègue que vous taper parce que c’est lui qui sous des prétextes pédago assure la maintenance que personne n’assure.

Quelle entreprise dans le monde ayant un réseau de au moins une centaine de postes, plusieurs serveurs de domaine, de fichier, de communication n’a pas une personne à plein temps pour gérer ce même réseau? Quelle entreprise peut penser qu’un réseau d’au moins une centaine de postes et quelques serveurs peut se gérer en une heure par semaine? Il n’y en a qu’une, elle s’appelle l’éducation nationale.

Personnellement, j’assure cette fonction avec la grande chance de disposer de trois heures sur mon EDT pour cela (et quand je dis grande chance, je ne mesure pas mes mots, c’est ENORME et je le prends pour une reconnaissance).  Un assistant d’éducation assure 10 heures pour la maintenance générale qui n’en peut plus avec des postes ayant en moyenne 5 ans d’âges (ce qui signifie pour les néophytes, des changements réguliers de différentes parties desdites machines pourries). Bref, 10 + 6 (ben oui 3 heures pas devant élèves ça veut dire 6 heures en vrai) et ben ça suffit pas. Il faut remarquer que nous n’avons que 160 postes.

La lutte quotidienne c’est l’obsolescence du matériel. Qui est satisfait de travailler avec un PC même un peu gonflé et bidouillé qui a 5 ans, donc qui rame un peu. Ben personne. Et bien ceux qui ne sont pas satisfaits le font bien savoir.

Ils le font tellement savoir d’ailleurs que fatalement, la personne ressource ne peut apparaître qu’incompétente. On parle toujours de la même personne qui passe une grande partie de ses journées à faire en sorte que cela fonctionne à peu près, celle qui se couche à pas d’heure pour trouver pourquoi un truc déconne (ben oui parce que sur place, on dépanne et on n’a pas le temps de chercher, donc on cherche à la maison) la même personne qui a monté le premier réseau de l’établissement, passé ses mercredis dans le vide sanitaire de l’établissement à passer des câbles, la même personne qui vous trouve une solution entre deux portes, tellement rapidement que l’on en oublie qu’elle vous a donné la solution.

C’est une fonction un peu marrante non. A quelle personne vous pensez uniquement quand vous avez un problème informatique et jamais en tant que collègue? Risible s’il en est. ben oui, dans la majorité des cas, ces gens ce sont des collègues, mais on ne fait jamais comme si ils avaient des cours à préparer, on peut toujours espérer qu’ils aient du temps pour un truc vraiment utile c’est à dire répondre à vos besoins.

Voilà, parce que j’ai une vie, parce que pour une fois j’aime quelqu’un plus que la côte de boeuf, et que j’en ai ras le bol d’entendre « ça marche pas » (parce qu’il y a toujours un con pour oublier d’allumer son écran) et bien cette magnifique fonction, je compte l’abandonner dès demain.

Vous en pensez quoi de cette magnifique fonction?

Sep 18

En être ou ne pas en être? (ou comment discuter avec legugu du CRAP et de Ludovia)

L’Aigle vole seul; ce sont les corbeaux, les choucas et les étourneaux qui vont en groupe (John Webster) (je sais pas qui c’est).

Bon j’avais bien une idée pour la vidéo habituelle mais j’ai abandonné la recherche. De toute façon là c’est un billet sérieux dans la mesure du possible. Avertissement: toute ressemblance avec des personnages réels ou ayant existé est normale.

Ticeman

Bon Manu Gugu, tu vas m’expliquer un argument après l’autre pourquoi tu vas aller à Ludovia. je te répondrai pour chacun en t’expliquant pourquoi je n’irai pas.

Manu Gugu
J’ai décidé d’aller à Ludovia, l’an dernier. J’ai suivi les différents compte-rendus, dans les blogs et
sur Twitter, et il se dégageait une énergie formidable de tout ça. J’étais chez moi, et je me disais : mais merde, qu’est-ce que tu fais là ?

Ticeman
Ah oui, je me rappelle bien aussi de Ludovia 2010. J’étais chez moi à suivre principalement par Twitter les barcamps sympas et les conférences de Ludovia. J’ai adoré et pas mal participé par twitter. Pourtant je n’irai pas cette année non plus. Parce que s’il est vrai que tout cela a l’air sympa, tu ne crois pas qu’il y a quand même là-dedans, de l’intérêt plus commercial que pédagogique ?

MG
Le commercial, le pédagogique, oui, il faut y réfléchir.
C’est très important. La même question s’est posée à moi pour le forum de Moscou.
Mais en fait, il y a deux choses qui me poussent malgré tout à y aller, et c’est valable dans les deux cas, c’est que je crois qu’il faut essayer de comprendre ce système pour ensuite éventuellement pouvoir l’utiliser ou lutter contre lui, selon les cas.

T
Donc une de tes motivations pour participer à ce genre de réunions est de  lutter contre le système commercial ?. Remarque, tes pancartes à moscou en sont une démonstration. Mais lors de ces festivités, tu n’es pas à l’intérieur du système commercial, tu ne le connais pas. Les  commerciaux viennent faire de la pub. Tu ne vois rien de plus du système que si tu allais à Darty.

MG

Ces choses existent, les intérêts commerciaux autour de la pédagogie, il faut les regarder en face. Mais je suis aussi certain que nos démarches sont complémentaires : se rapporter à quelqu’un qui garde du recul c’est important, car dans ces événements il y a des effets de groupes puissants qui peuvent emmener loin.

T

Justement sur l’effet de groupe, que ce soit Ludovia ou les Rencontres du CRAP dont tu as parlé sur ton blog, ne penses tu pas qu’il se forme là une sorte d’illusion de l’avancée pédagogique par ces événements ?. Aller les amis, généralisons l’usage des réseaux sociaux, et puis après on fera griller des knackis autour d’un feu en chantant et puis si 95% du monde éducatif n’est pas prêt ce n’est pas grave, nous sommes 5% de bisounours. Je me souviens d’un de tes tweets où tu parlais de révolution dans l’éducation à Sainte Affrique. Crois tu qu’une bande d’une centaine de personnes passionnées par leur métier et envisageant des évolutions soient à la base d’une révolution dans notre domaine ? Pour moi, et c’est une raison pour lesquels je n’irais pas, c’est cet effet Loft Story, qui fait qu’à force de vivre en vase clos, on a tendance à croire ce qui n’est pas (mais je pense quand même que l’on y parle un peu mieux le Français dans ces rencontres).

MG

Ce que j’avais tweeté, c’est que j’aimais le fait que plutôt que de parler de révolutions, on envisage de la faire, de la commencer, tout de suite.
Sur l’effet d’un groupe de personnes, je suis tout à fait persuadé que oui, c’est possible d’initier ainsi des changements.
Ce n’est pas ce groupe qui va faire le changement, c’est le contexte.
À un moment donné, c’est de la dynamique, l’équilibre d’un système devient instable, et à ce moment on peut en donnant une impulsion obtenir des effets très importants (on peut même lancer un truc qui nous échappe totalement, ou se retourne contre nous).
Et j’ai une conviction profonde, de l’ordre de l’instinct, que j’aurai du mal à expliquer, qui est que maintenant nous approchons d’une de ces zones instables, d’un de ces points de bifurcation qui peuvent tout changer.

T
C’est marrant, je suis aussi convaincu que l’on se trouve dans une période de transition. Tu es un grand optimiste mais cela ne m’étonne pas quelque part vu ton côté sentimental. J’ai une vision plutôt alarmiste de la chose qui est un argument pour ne pas participer. Je crois que cette période de transition n’est pas du tout favorable à l’évolution de l’éducation. Et c’est aussi pour cela que je me méfie des ludovia & co. Une fois de plus l’effet groupe fait que l’on se cache la vérité. Il y a bien une transition mais elle mène vers un retour en arrière. Le but pour moi assez général des politiques mais aussi de la majorité des enseignants, est de couper l’herbe sous le pied des pédagos. Aujourd’hui plus personne ne se cache pour dire que ce qui arrive dans l’éduc nat est le résultat de ces pédagos à la Mila (coucou). Je ne citerai pas des forums de profs ou des blogs soit disant pédagos ici, mais désormais c’est public et ça a de l’écho. Et je n’aime pas avoir des illusions car je sais qu’en participant, j’aurais le même sentiment que toi même si c’est culcul et qu’invariablement je retrouverai ensuite ma même ZEP, mes mêmes collègues et leur même pédagogie à mémé (pas tous), les mêmes idées en salle des profs. Rien n’aura changé, sauf que j’aurais pris du bide à cause de la bière. Alors oui il y a une évolution mais elle est lente, très lente.

MG
Je crois que dans l’ensemble nos visions sont assez proches, et donc il faut voir où elles diffèrent.
Je crois que la différence, c’est que tu te places dans une optique de transition, de changements profonds mais dans une continuité des idées en place. Pour moi, on arrive dans une zone de puissantes turbulences, et je crois qu’on peut s’attendre à des bouleversements, des mutations profondes.
Le monde change à toute vitesse, les révolutions arabes en sont un exemple sidérant. Les secousses boursières, la montée  en puissance de l’Asie… Je pense donc que des choses vont bientôt se mettre en place, brutalement. Et ces choses, il y a peu de chances qu’on arrive à influer sur elles… Sauf, peut-être, avec un peu de bol, beaucoup d’instinct, et surtout un bon sens du timing. Il se peut que là, on arrive à proposer au bon moment, la bonne chose. Ça aura peut-être une petite influence… ou peut-être pas. Mais je pense qu’il faut essayer.

T
Je dois être beaucoup mois optimiste une fois encore. Tous ces changements certes sont un signe, mais sur l’avenir de l’éducation, qu’attendent les gens, les parents, la majorité des profs ? Ils attendent que l’on reviennent en arrière, à l’éducation à la papa, l’autorité. Ils ont peur et la peur ça ne conduit pas à des bonnes choses. Ils n’attendent pas seulement ce retour en arrière pour l’éducation, ils l’attendent pour tout. Ils rêvent du temps où Moktar gardait ses chèvres et fermait sa gueule devant un dictateur, ils rêvent d’un temps où les Chinois ne fabriquaient que des trucs pourris et des pyjamas qui brûlent, ils rêvent d’un temps où l’Europe était le centre du monde. Les gens veulent revenir en arrière et le premier lieu où ils veulent que cela arrive c’est à l’école. Alors tous ces pédagos qui se réunissent pour révolutionner l’éducation et faire baisser les résultats PISA et ben ils en veulent pas. Parce que tout ça c’est bien la faute à ces salauds de pédagos, hein?(Ckika inveté les compétences au lieu de faire apprendre par cœur, hein Cki ? Et je crois qu’en mettant ces événements en avant, on participe à cette peur.

MG
Ce qui fait aussi que je suis optimiste, c’est que j’ai vu que les collègues de mon établissement, qui au départ correspondaient tout à fait à ta description, ont totalement changé (pas tous) quand on leur a montré avec Colvert, notre projet interdisciplinaire de journal, qu’il pouvait exister une alternative crédible, faisable.
La dynamique est partie de là… et quand j’y repense, elle est partie de presque rien. Et il y a eu une inversion : ceux qui ont sauté le pas ont pris le dessus, les autres se sont recroquevillés, sont partis, ou sont en train de se rapprocher de nous.

T
Et tu crois que ta participation aux sauteries pédagogiques a un lien avec cette évolution et ce projet Colvert ? Crois tu que l’impulsion est venu de là ou que tu l’avais en toi. Vient-elle de Twitter ?

MG

C’était en moi, ça a démarré dans des circonstances un peu dingues, et ensuite il y a eu twitter, le réseau, elab, et les rencontres IRL… et dans les sauteries, il y a les rencontres. Et des rencontres avec des gens qui ne sont pas connectés. Je pense que peut-être c’est ça le plus important.

T

Pour moi réunion de profs, ça rime invariablement à discussions sur la difficulté du métier, plaintes souvent injustifiées (Kevin il a jamais ses affaires c’est invivable ! ,et y’en a qui rendent jamais leurs devoirs, comment que je fais moi pour avancer). Tu sais, bossant dans un bahut à peu près du même style que le mien, à quel point il est pénible d’entendre ces plaintes.

MG
Dans une rencontre, les gens ont traversé la France pour une raison. On se retrouve donc au delà de ce problème de salle des profs. On ne se dit pas : est-ce qu’il faut travailler en groupes. On travaille en groupes. On ne se dit pas : est-ce qu’on va travailler par compétences, on met des activités en place pour le faire.

T

Mais pour le coup, on retrouve le côté vase clos. Y-a-t-il des discussions, des débats ? Parce que sans se prendre à la gorge c’est quand même bien d’avoir des points du vue au moins légèrement différents pour faire avancer les choses. Et c’est même carrément bien de se prendre à la gorge parfois

MG

Tu as raison, il y a cette tendance, d’autant plus qu’il y a des collègues qui sont dans les mouvements depuis longtemps, qui se connaissent bien, etc… Mais c’est le rôle des nouveaux de venir et de secouer le cocotier, de dire qu’on ne peut pas passer notre temps à se goberger et qu’il faut dialoguer, et aussi entendre les arguments, les stratégies des adversaires. Et si ce ne sont pas des cons, ils acceptent les nouveaux, les écoutent, les intègrent. Au CRAP ce ne sont pas des cons.

T

Bon au moins une sauterie à envisager alors. Allez, pour finir, Gugu, il faut que tu lâches un truc ! Que s’est-il passé avec les clowns ? De ta réponse je promets de décider de ma participation aux futures sauteries.

MG

Avec les clowns, on a appris à regarder les autres, on a appris à se donner sans calculer, on a appris la valeur du silence… Et à la fin on était capables de dialoguer sans parler.

T

un peu comme pour dire à ta femme d’aller chercher une bière juste d’un regard ?Bon ben si on apprend ça, je vais beaucoup bouger l’année prochaine !

MG

Ouais, mais attention… A la fin, les clowns, on était tous déchirés. On s’était sorti les tripes comme c’est pas croyable. Du coup, c’est pas facile de reprendre pied ensuite…

Mais c’est humain. Et ce qui vaudrait le plus de faire le voyage dans ce genre de rassemblement, c’est bien l’humain. Et ça, ça ne commence que lorsqu’on peut regarder quelqu’un dans les yeux…

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